Simplifier et sublimer le travail collaboratif est aujourd'hui un enjeu de taille pour les concepteurs de dispositifs et de services innovants. Si le sempiternel duo crayon papier reste, pourtant, à la base de toute réflexion créative, ou plus largement de tout échange d'idées, l'utilisation de solutions numériques dédiées est en mesure de faciliter le processus naturel de progression collaborative. Ce domaine, appelé CSCW (pour Computer Supported Cooperative Work, ou Travail Coopératif Assisté par Ordinateur dans la langue de Molière), s'inscrit dans une logique double. Il s'agit, d'une part, d'améliorer le partage et la manipulation de données en développant un langage gestuel quasi-naturel. D'autre part, l'objectif est de simplifier la communication à distance en retranscrivant la spontanéité et l'émulation collective propres aux réunions de chair et d'os. En véritables super héros du numérique, les interfaces tactiles multimodales semblent, une fois de plus, être les candidats de choix pour répondre à ces attentes.

Le problème de la collaboration à distance...

La communication à distance a connu de nombreuses révolutions : des balbutiements de la première ligne téléphonique en 1876 aux outils de visioconférence actuels, la volonté de retranscrire des interactions réelles au travers de médiums mécaniques ou numériques a toujours été un des grands défis de l'industrie. Pourquoi un tel engouement? Primo, il s'agit de réduire le temps et les coûts de déplacement. Outre le simple argument économique, qui plus est en période de crise, l'aspect écologique est également à prendre en compte. Secundo, dans un monde où le "bureau" n'a plus forcément la dimension figée qu'on lui prêtait auparavant, pouvant se limiter à un simple laptop, les interlocuteurs sont beaucoup plus flexibles dans leur planning et leur organisation personnelle.

 

Une récente étude publiée par Alcatel-Lucent a mis en lumière l'intérêt de tels dispositifs pour la productivité et la motivation des salariés au sein des entreprises IT, dans le cadre de projets collaboratifs. Elle a cependant démontré, dans le même temps, une certaine faiblesse des outils actuellement utilisés. On dit souvent qu'une image vaut mieux qu'un long discours, et cet adage illustre totalement les problématiques liées au travail à distance. Le fait de dessiner, de pointer un élément en particulier ou de partager des notes sans devoir passer du temps à expliquer son raisonnement, choses inhérentes aux réunions "réelles", sont autant d'actions naturelles, sensibles et spontanées que les interfaces de communication se doivent de traduire. Les fonctionnalités de partage d'écran de Skype, Vyew ou encore Mikogo représentent ainsi, par exemple, un début de réponse.

 

... et ses solutions

Les tableaux blancs interactifs représentent, en quelque sorte, la traduction "littérale" des besoins liés au travail collaboratif à distance. Véritable évolution naturelle du fameux diptyque de l'ardoise et de la craie, leur dimension numérique leur apporte, en toute logique, la capacité de manipulation d'utilisateurs opérant dans des lieux différents. Spécialisée dans ce secteur, eBeam propose ainsi des dispositifs d'écrans mobiles projetés permettant de transformer tout type de surface en un environnement interactif. La gamme Classic Whiteboard utilise, de son côté, un autre principe intéressant bien qu'usité, enregistrant les notes physiques inscrites sur un bon vieux tableau blanc au moyen de marqueurs spécifiques, et ce, dans le but de les sauvegarder ou de les partager.

 

 Collaborative Surface Computing for Multidisciplinary Medical Treatment Team Meeting

 

 

La communication à distance implique également la nécessité d'échanger avec d'autres terminaux. Le projet Collaborative Surface Computing for Multidisciplinary Medical Treatment Team Meeting des français d'IntuiLab propose ainsi une solution permettant à une équipe pluridisciplinaire d'échanger efficacement dans le cadre d'un traitement médical. Un large écran manipulé par l'interlocuteur principal est capable d'avertir les autres participants via leur mobile, et de partager certains éléments de l'interface sur d'autres supports, qu'il s'agisse de tablettes ou de tables tactiles. Bien que déjà "ancien", puisque présenté en 2009, ce projet démontre pourtant l'intérêt pour ces outils d'évoluer au sein d'un écosystème connecté, et de ne pas se fermer à un seul type de médium de manipulation.

 

 Rimino - A Human Touch on Mobile Experience

 

Si le concept Rimino ne représente pas une solution professionnelle en soi, le principe d'interaction qu'il utilise pour la scène du trajet est révélateur de ce que pourrait apporter l'utilisation d'un langage quasi naturel dans la compréhension et le partage d'information à distance. Ici, au lieu de simplement afficher la route à emprunter, l'interlocuteur dessine directement sur la carte l'emplacement du lieu de rendez-vous. En plus d'un gain certain en précision, l'ajout d'une telle fonctionnalité crée un lien presque tangible entre les deux utilisateurs, et facilite d'autant plus leur communication.

 

La gestuelle pour favoriser des interactions et des échanges naturels

Les surfaces tactiles ont profondément modifié la manière dont nous manipulons les écrans. Qu'il s'agisse du monolithique ordinateur familial à la forme même des laptops, les utilisateurs se coupent, pour ainsi dire, physiquement de leur environnement. A contrario, la nature même du mode d'interaction des tables multitouch et de leurs interfaces facilite l'échange et la consultation multi utilisateur. Pointer, toucher, glisser, étirer, etc. : les gestuelles utilisées permettent de donner un aspect tangible à la manipulation des éléments. La notion collaborative est donc présente quasi naturellement dans les interfaces multitouch dédiées, puisque chaque utilisateur peut effectuer une action sans pour autant perturber l'expérience globale.

 

Illustrant ces propos, le projet Cyber Commons démontre ainsi l'intérêt des environnements tactiles multi modales dans le cadre d'un travail collaboratif. Les participants peuvent, en effet, ici, interagir à l'aide d'ordinateurs, de wiimotes, ou tout simplement en touchant l'écran afin de partager un ensemble de contenus à leur public. Outre une certaine flexibilité dans la manipulation des données, les présentations semblent ici moins figées, plus fluides et impliquent d'autant plus les différents utilisateurs au sein de l'expérience.

 

A Multi-Touch Multi-Modal Collaborative Workspace

 

 Cette notion d'implication joue également dans le rapport qu'entretiennent les différents interlocuteurs. Dans le cadre du projet Patient Consultation Interface, Microsoft permet à des médecins d'expliquer des procédures médicales ou des thérapies beaucoup plus simplement et naturellement qu'à l'accoutumée, via une table Surface. L'action même de manipuler la donnée et l'absence de "hiérarchie" entre le médecin et le patient améliore la compréhension de ce dernier tout en supprimant la barrière physique habituellement observée. De la même manière, et selon Emmanuel Aublet, le secteur de la vente gagnerait à utiliser ce genre de tables tactiles afin de rendre l'acte d'achat plus collaboratif. En plus du fameux Wow Effect que provoque ce genre de dispositif, il s'agirait de rassurer le client potentiel en lui proposant du contenu avec lequel il peut lui même interagir.

 

Microsoft Surface Demo: Patient Consultation Interface Surface Application

 

La dimension ludique des surfaces collaboratives joue elle aussi un rôle dans la manière dont les utilisateurs ressentent l'expérience. Friands de ce genre d'exercices, les enfants sont particulièrement sensibles aux initiatives menées pour lier technologies et nouvelles pratiques éducatives. L'expérimentation menée par Microsoft dans le cadre de l'enseignement de l'anglais à de jeunes sud-africains via le périphérique Kinect l'a récemment prouvé. Bien qu'il ne s'agisse pas ici d'une interface tactile, ce programme a pu valider la pertinence de ces modes d'éducation alternatifs : à la différence de simples cours théoriques, l'enfant devient ici un véritable acteur dans le processus d'apprentissage. L'expérience représente finalement une récompense en soi, et les possibilités d'application à tous les niveaux d'enseignement sont quasi infinies. Deux écueils persistent pourtant : le premier attendu, est celui du coût matériel, les dispositifs actuels étant bien trop chers pour la plupart des établissements, ce qui pourrait, de plus, creuser un fossé d'autant plus large entre des écoles aux ressources différentes. Le second est celui de la dépendance ainsi que de l'équilibre, et implique une réflexion sur la place et la légitimité de ces périphériques comme mode d'apprentissage principal.

 

S'affranchir de la barrière de la langue

Véritable obstacle dans la collaboration professionnelle et les communications personnelles, la langue est l'un des autres grands chantiers actuels. Si Google avait déjà présenté une démonstration du service Translate en audio temps réel, non sans une certaine efficacité, Samsung semble, lui, se diriger vers un principe d'interaction un peu différent. Selon les rumeurs, la firme serait en train de développer un appareil nomade équipé de la technologie AMOLED, capable de traduire une conversation dans la langue des deux interlocuteurs sous forme de texte. Outre la capacité - pour l'instant théorique - du dispositif à afficher les différents échanges quasiment en temps réel, l'utilisation d'un écran transparent permet aux deux personnes de maintenir un contact visuel, évitant ainsi l'écueil du médium trop visible et impersonnel.

 

 

Real Translator

 

L'éventuel projet de Samsung n'est pas sans rappeler le scénario proposé par Microsoft Office Labs dans le cadre de sa vision des technologies numériques en 2019. Dans l'une des scènes de cette vidéo prospective, des enfants de nationalités différentes communiquaient le plus simplement du monde au moyen d'un mur transparent, grâce à des concepts illustrés et animés par le logiciel, ou encore de traduction textuelle simultanée.

 

Bien qu'étant encore, pour la plupart, de l'ordre du prospectif, les concepts ici présentés démontrent bien l'intérêt de la mise en place de modes d'interaction "naturels". La capacité de nos périphériques à échanger des contenus et des informations entre eux, sans passer par d'innombrables étapes de validation et d'identification, fait, bien sûr, partie de l'équation. Il s'agirait alors de faire en sorte que les technologies s'effacent au profit d'une communication spontanée et affranchie de tout médium superflu.

 

 

  Microsoft Office Labs Vision 2019