En mai dernier, j'intervenais à une table ronde au 16ème Forum International de la Météo et du Climat sur le thème "numérique et climat". Orange est partenaire de cet événement. A cette table ronde, les autres personnes qui se sont exprimées l'ont fait sur la consommation d'énergie pour l'habitat et sur la fabrication et le recyclage de vêtements. Il y avait une complémentarité intéressante entre nous. Mon propos s'organisait autour de deux mots clés : lenteur et résonance.

Eloge de la lenteur

Un ami indien me disait un jour : "moins de 8 km, tu pédales, moins de 40 km, tu penses au vélo électrique, au-delà, éventuellement déplace-toi en voiture si tu ne peux pas faire autrement". Voilà qui engage à utiliser des "moyens de transport honnêtes", comme l'écrit l'écrivain-voyageur Sylvain Tesson, et à une certaine éloge de la lenteur.

Dans la vie numérique, comment être lent ? comment faire l'éloge de la lenteur ? De différentes manières, par exemple : soigner la rédaction de ses messages sur les réseaux sociaux, prendre le temps de les relire, voire tourner sept fois sa langue dans sa bouche avant de cliquer sur envoyer, façonner, sélectionner vraiment les photos que l'on partage par mail ou sur des espaces partagés. Pendant que l'on prend le temps de soigner un écrit, de soigner un montage, on est en train de façonner le monde de manière relativement sobre numériquement parlant. A cet égard, je trouve très intéressante l'organisation de stages de montages vidéo pour les adolescents qui durent deux ou trois jours. Pendant qu'ils scénarisent, qu'ils tournent, qu'ils montent, les jeunes sont concentrés sur leur ouvrage. Oui, à la fin de l'histoire, ils viendront à coup sûr alimenter YouTube et seront fiers de partager leurs créations, mais l'usage est là raisonnable, n'est-ce pas ? Donc éloge de la lenteur, la LENTEUR DE LA CREATION, individuelle et collective.

Ouverture à la résonance

J'emprunte le concept au sociologue Hartmut Rosa. Il a écrit un ouvrage qui porte ce titre, Résonance. Je pense au Honey Bee Network qui a pris naissance en Inde, dans le Gujarat, il y a plusieurs années. Ce réseau organise des marches de découverte d'innovations dans des villes, des villages, recense des initiatives bonnes pour les enfants, l'économie des villages, les femmes, l'éducation, l'environnement, le développement social, etc. Les initiatives sont documentées dans une base de données. L'enjeu de bien documenter les initiatives est de faciliter leur diffusion, dans le respect de leurs créateurs. Un jour, alors que je me renseignais sur les forêts urbaines, j'ai eu l'idée de regarder les expériences de forestation urbaine menées en Inde. Grâce à la documentation établie, je voyageais virtuellement entre les Himalayas et les forêts tropicales sèches en me disant que des projets en France pourraient entrer en totale résonance avec des initiatives que je découvrais en Inde. Je découvrais que le réseau s'étendait au-delà de l'Inde et mon projet local n'en prenait que plus de force. Il entrait en résonance avec des acteurs et des actions d'ailleurs.

En donnant cet exemple, je me sens très proche de ce qu'Alessandro Barrico écrit dans The Game : à partager des initiatives, on ENRICHIT LA VIE. Le web est alors ce qui permet de trouver des vibrations. Je crois qu'il est important de se le dire.

 

Billet écrit par Rosario, le 10 mars 2020