Il y a quelques semaines, sur Dream Café, nous avons échangé avec certains d’entre vous sur l’utilisation des réseaux sociaux au sein de la famille. Alors que les usages de ces réseaux ont fortement augmenté depuis 2004, notamment avec la naissance de Facebook, on savait assez peu de choses sur les usages intrafamiliaux : quelle place les réseaux sociaux ont-ils dans la communication entre les membres d’un même foyer et avec la famille élargie ? Quels sont les contours des cercles relationnels de chacun de ces réseaux ? Comment l’utilisation de ces réseaux sociaux réinterroge-t-elle la question de la nature et de l’intensité des liens ?

Que nous a appris le café numérique à ce sujet ?

     Tout d’abord les premiers usages des réseaux sociaux démarrent avec Facebook pour pratiquement tous les participants au café numérique, avant une baisse significative de ces usages au profit d’autres réseaux tels que WhatsApp, Instagram ou encore Snapchat (Nous n’avons pas, dans ce café numérique, cherché à définir ce qu’était réellement un réseau social. Nous sommes partis de ce que les participants citaient spontanément et de ce qu’ils incluaient sous ce terme).

     Les usages de ces réseaux ont évolué dans le temps et on observe moins de publications au profit de davantage de communications interpersonnelles. On constate également un accroissement pour certains des usages dans le cadre professionnel et scolaire… et ceci particulièrement depuis le début de la crise sanitaire.

 

     Plusieurs raisons sont évoquées pour justifier la place croissante prise par les réseaux sociaux dans la communication interpersonnelle mais c’est la simplicité et la qualité de partage des photos et vidéos, sans limite de poids, qui est certainement celui le plus fréquemment mis en avant. Viennent ensuite la gratuité des communications internationales, les possibilités offertes de communiquer par groupe, y compris en vocal sur WhatsApp,  et la dimension ludique et conviviale de ces nombreuses plateformes qui permettent de maintenir un lien avec ses proches de manière simple et légère.

Les usages au sein du foyer

     Les premiers usages intrafamiliaux des réseaux sociaux démarrent souvent avec l’inscription des enfants ados et la volonté des parents d’accompagner cette étape et les premiers usages de leurs propres enfants. Accepter les parents comme « amis » est d’ailleurs souvent une condition imposée aux enfants au moment de l’ouverture de leurs comptes. Plus qu’un souhait de surveillance, ces parents mentionnent le fait qu’ils veulent avant tout être vigilants et accompagner les premiers apprentissages des enfants. Les usages parents-enfants s’arrêtent le plus souvent à cela. En revanche, les questions d’organisation familiale génèrent des usages au sein du couple : s’informer sur l’heure de retour à la maison, se coordonner sur les courses à faire, s’informer des évènements marquants en cours de journée… C’est aussi un moyen de montrer son attention à l’autre, faire un clin d’œil en cours de journée. Il est intéressant également de constater que parfois les réseaux sociaux s’invitent dans le foyer… un moyen plutôt efficace dites-vous pour parvenir à « vous faire entendre » des enfants : « A table !! » ou à l’inverse de communiquer entre parents sans que ces derniers n’entendent.

     Pour conclure sur les usages au sein du foyer, ce que vous nous dites est qu’il faut peut-être sortir de cette idée commune que l’usage croissant des réseaux sociaux dégrade inévitablement la communication intra-familiale… vous montrez ainsi comment ils peuvent être aussi parfois un vecteur supplémentaire de communication, avec vos enfants notamment.

Les usages avec la famille élargie

     Les usages des réseaux sociaux sont plus présents dans les échanges avec la famille élargie. Ils permettent de « faire famille » avec des personnes géographiquement ou affectivement plus éloignées. Les périodes de confinement que nous avons traversées ont notamment mis en avant ce besoin de se retrouver et l’envie de créer à distance des moments partagés. On peut même dire que cela a renforcé l’envie de se retrouver et les réseaux sociaux ont joué un rôle majeur à ce niveau. De nouvelles habitudes de communication ont été prises qui ont parfois été conservées ensuite. Grâce aux technologies de la communication en général, et aux réseaux sociaux en particulier, le sentiment de distance/proximité vis-à-vis de ses proches n’est plus lié exclusivement à la seule distance géographique. On observe une redéfinition de la nature et de l’intensité des liens dans la relation familiale avec l’usage croissant des réseaux sociaux notamment, et ceci de quatre façons différentes :

  • Maintien de liens serrés avec des membres de la famille physiquement distants mais affectivement proches
  • Reprise de la communication dans des relations familiales un peu distendues où le lien n’existait pas ou plus
  • Prolongement des liens avec des personnes géographiquement proches que l’on voit souvent physiquement
  • Création de liens plus superficiels avec des personnes de la famille dont on est peu proche d’un point de vue affectif

     Dans ces quatre types de situations, les réseaux sociaux vont impacter différemment la nature et l’intensité des liens entre les personnes et vous décrivez plusieurs types de risques et de dérives dans certaines d’entre elles. Vous mentionnez par exemple le risque de perte de profondeur du lien dû à des relations plus superficielles en lien avec un investissement plus faible dans la relation. Vous avez par exemple le sentiment qu’il n’est pas toujours utile de prendre ou de donner de vraies nouvelles lorsqu’un simple « like » suffit à montrer votre présence à vos proches ou lorsqu’on abandonne les cartes d’anniversaire pour un simple message sur Facebook. Le risque peut même aller jusqu’à une dégradation de la relation lorsque le rythme soutenu des échanges sur certains groupes whatsApp et leur multiplication exclut peu à peu certains membres qui n’arrivent plus à suivre et se retrouvent submergés. Ou encore quand le fait de ne pas appartenir à certains groupes de discussion exclut certaines personnes de nombreux échanges et partages familiaux, y compris dans la vie réelle. Un autre risque que vous évoquez est celui du vide et de la frustration : l’affichage de la disponibilité des contacts sur les réseaux sociaux entraîne une attente forte de réactivité dans les réponses. Une non réponse immédiate à une sollicitation fait ainsi se poser de multiples questions sur le pourquoi. Enfin, les réseaux sociaux, parce qu’ils mettent en œuvre un certain nombre de codes implicites, peuvent être source de conflits entre personnes du fait d’incompréhensions dans les usages de chacun. Il est par exemple délicat de refuser une demande d’amis sur les réseaux sociaux au risque que cela soit mal perçu par le demandeur. Il est de même tabou de quitter un groupe.

En conclusion...

     Pour conclure, l’usage des réseaux sociaux en famille s’inscrit dans des contextes de communication préexistants variables, ce qui impacte différemment la nature et l’intensité des liens qui en résultent : ils peuvent ainsi les affaiblir autant que les renforcer. Par ailleurs, on constate un vrai paradoxe dans les usages décrits. Il y a une forte volonté de maintenir, voire renforcer la relation avec les membres de la famille élargie, et les réseaux sociaux viennent aider à cela, et en même temps, un objectif affiché d’y consacrer le moins de temps possible, ce qui a pour effet de rendre plus superficielle une partie de ces relations.

Enfin, il y a un vrai enjeu autour de l’amélioration de l’interaction sur les réseaux sociaux, notamment du fait de l’arrivée de réseaux comme Tik-Tok qui prônent des temporalités de plus en plus courtes si on les compare avec les réseaux sociaux plus anciens comme Facebook notamment. Certaines personnes ne s’y retrouvent pas et s’en trouvent de fait exclues. On est bien dans un mode de communication hybride qui croise une modalité écrite d’interaction mais qui répond de plus en plus à des codes de l’oralité. Trouver des solutions pour améliorer cette interactivité va devenir de plus en plus important pour la rendre acceptable par tous. Faire de la co-présence non envahissante sur les réseaux sociaux devient un enjeu fort.

 

Billet écrit par thea le 12 janvier 2021