Le sous-titre de ce livre est "Enquête sur la face cachée des réseaux mobiles". L’auteur soumet à ses lecteurs cette interrogation : "Un projet d’une telle envergure peut-il être lancé sans la moindre consultation citoyenne ?". Ce livre est paru cette année chez Le passager clandestin, l’âge de faire.

Le premier chapitre est consacré au lobby des ondes

Dans le domaine de la téléphonie mobile, le travail des lobbyistes a commencé au milieu des années 1990. Il consiste à dire que les ondes non ionisantes - celles qui sont supposées ne pas avoir l’énergie suffisante pour perturber notre ADN - venant de l’industrie du mobile, ne sont pas si embêtantes que ça pour la santé. Il faut bien savoir, que dans notre environnement quotidien, des ondes non ionisantes, nous en recevons des lignes à haute tension, des transistors radio, etc. Des études ont montré que "les champs électromagnétiques à hyperfréquences pulsés"- ceux émis par les téléphones portables, les antennes-relais, les systèmes wifi, etc. en sont - présentent tout de même des dangers pour la santé.

Le deuxième chapitre porte sur les structures de contrôle

Elles existent bien. Mais des études ne sont pas publiées ou sont discréditées et d'autres sont abandonnées. De leur côté, les maires ont perdu leur pouvoir de police administrative concernant l’implantation des antennes. En 2013, la loi Abeille a été étouffée. Laurence Abeille proposait une loi « relative à la sobriété, à la transparence, à l’information et à la concertation en matière d’exposition aux ondes électromagnétiques ».  Elle visait à faire reconnaître les personnes électrosensibles comme des travailleurs handicapés, à interdire le wifi à l’école et à imposer la réalisation d’une étude d’impact sanitaire et environnemental avant la mise en service d’une nouvelle technologie. Finalement, le wifi n’est interdit que dans les crèches. Les opérateurs sont seulement contraints de proposer des oreillettes à leurs clients. Les opérateurs doivent seulement informer les maires de l’installation d’antennes. En ce qui concerne le DAS, le débit d’absorption spécifique, il y a bien des normes, mais les mesures ne sont pas faites appareil collé à l’oreille ou contre la poitrine (des messieurs).

Le troisième chapitre s’intitule « Le smart world, projet de société du lobby des ondes »

Le smart world est une utopie hyper-énergivore. Le compteur Linky est un début de ce smart world. Ce monde intelligent est dépendant de la fée électricité. Une voiture autonome a besoin d’énormément de capteurs et est très énergivore. Ces voitures ont besoin de la 5G. Les livraisons par drone aussi. L'auteur souligne que vision du "progrès" n’est pas discutée.

A cet égard, dans Désastres urbains, ouvrage paru en 2019, le philosophe et géographe Thierry Paquot affirme que l’enjeu actuel pour que les villes soient bien habitables est qu’elles créent des îlots de fraicheur et ceci passe plus par des plantations d’arbres, du désalphaltage, des recoins et respirations désordonnées que par des connexions tous azimuts. Dans les années 1990 a émergé l’idée de "cité subjective" dit-il, misant sur une grande autonomie des personnes et le meilleur de l’internet, détourné de ses finalités consuméristes, le tout autorisant "des enchevêtrements de sensibilités citoyennes" qui associent "global" et "local". Pour Thierry Paquot, "la vie urbaine est d’abord affaire de temporalités, la vie urbaine résulte de l’emboitement de plusieurs territoires d’échelles différentes, et la vie urbaine se nourrit de diversités (tant réelles qu’imaginaires)". Une vision du progrès est à discuter et une vison de l'internet pouvons-nous ajouter.

Le quatrième chapitre est consacré aux médias et au concept de "start up nation"

Les médias sont pour beaucoup possédés par les milliardaires de la télécommunication nous raconte l’auteur. L’Etat n’a jamais accordé beaucoup d’argent à la recherche publique en matière d’ondes. Depuis 2018, les opérateurs n’ont plus besoin d’informer les maires de l’implantation d’antennes.

Le cinquième et dernier chapitre a pour titre : "La 5G : vers une catastrophe sanitaire et écologique ?"

La 5G va s’ajouter à ses aînées. En termes d’ondes, cela signifie une couche supplémentaire. Dans un premier temps, cela se traduira par plus d’antennes. Dans un second temps, il y aura en parallèle l’utilisation « d’ondes millimétriques ». C’est là qu’est la rupture technologique : les antennes installées dans le premier temps assureront une couverture globale tandis que les plus petites antennes propageront les ondes sur des fréquences plus élevées. Plus on monte en fréquence, plus la capacité de propagation de l’onde est faible, d’où la démultiplication d’antennes. Tout le mobilier urbain et des objets connectés eux-mêmes, des voitures par exemple, pourront être dotés d’antennes relais d’ondes millimétriques. Ces antennes ne seront actives que quand elles seront sollicitées. Elles le seront immanquablement et les antennes hautes ne cesseront pas de rayonner, elles. Globalement, chacun sera soumis à plus d’ondes. Des études américaines et d’autres italiennes montrent que l’exposition aux radiofréquences a des effets néfastes sur la santé des rats. Certes nous ne sommes pas des rats, mais nous sommes des animaux, avec 99% de gènes homologues aux nôtres. Il faut parler aussi de l’impact sur les insectes qui souffriront de « chauffage diélectrique ». Les fréquences associées à la 5G vont aller de 700 MHz à 16 GHz. Selon les fréquences, les impacts sur la santé ne sont pas les mêmes. Il y a un besoin d’obtenir les informations de la part des opérateurs comme des constructeurs d’antennes en sachant que la course à la 5G est mondiale. Les géants du web planétaire comptent sur une couverture satellitaire. Ils mettent en œuvre pour cela des moyens colossaux. Au final, assisterons-nous à moins de liberté pour plus d’insécurité parce que des hackers auront su s’emparer de réseaux intelligents ?

 

Ce tableau d'ensemble est à mettre au regard d’autres sources de pollution c’est certain. Des questions à se poser selon l'auteur sont : Doit-on prendre un risque environnemental supplémentaire ? Le monde dit "intelligent" est-il désirable ?

 

A noter que ce livre est interressant de part son effort de pédagogie. Il y a une chronologie, un glossaire et une bibliographie riche et abordable. Il y a aussi une typologie des longueurs d'onde. D'ailleurs, voici une illustration proposée à la page 223 :

 

Une note de lecture écrite par Rosario, fin août 2020