Alors que l'année à suivre annonce de belles réjouissances à grands coups de crise économique, d'explosion de l'Europe et accessoirement, de fin du monde, les perspectives qui semblent se dessiner pour le monde numérique constituent finalement une véritable bouffée d'air frais. En 2012, les voitures ne voleront hélas toujours pas, mais le diptyque périphériques / services nous rapprochera toujours plus de ce que l'on considérait encore il y a quelques années comme de la science-fiction. Interactions par gestuelle et interfaces transparentes constituent ainsi les nouveaux chevaux de bataille de l'industrie du numérique, le tout sur un fond d'ultra-communication personnelle propulsée des réseaux sociaux toujours plus présents. Le multitouch? Déjà dépassé. Des boutons physiques? Tellement 2011. "Bienvenue dans le monde d'après."

Tout devient social powered

Si cette prédiction n'en est pas réellement une, on ne peut que constater la puissance et l'impact des boutons like et des autres fonctionnalités sociales de partage. Toute action numérique devient aujourd'hui une donnée potentiellement utilisable sur vos réseaux sociaux favoris, au travers des API proposant des fonctionnalités d'identifiants uniques. Qu'il s'agisse de regarder une vidéo, d'acheter un bien, d'accomplir un objectif dans un jeu, de prendre une photo, de visiter un lieu donné ou même de consulter un simple article, l'ensemble de ces informations peut avoir un impact sur la gestion et la diffusion d'un profil social numérique, et donc, renseigner sur l'identité propre d'un utilisateur, le principe de virtualité s'effaçant peu à peu.
 

L'interface de Facebook Timeline

Au delà des problématiques liées à la confidentialité et à la vie privée, qui incarnent un débat à part entière, les plateformes sociales actuelles deviennent ainsi de véritables miroirs de la vie en ligne. Les profils sont constitués à base de faits archivés automatiquement ou non et se transforment en lifestreams, concept dont Facebook a tiré sa nouvelle fonctionnalité, Timeline. Le fameux bouton like, également propulsé par Google sous la forme d'un "+1", est l'une des armes les plus puissantes de ce principe d'archivage, puisqu'il réduit l'action de l'utilisateur à une simple expression binaire. Plus besoin en effet de commenter, de noter ou de donner son avis, un simple clic déterminera ou non la qualité du rapport de l'utilisateur avec un contenu.  
 

Le Street Pass de Nintendo & le dispositif MagnetU

A l'image du Street Pass de Nintendo, la prochaine étape de ce tout-social consiste peut-être en l'automatisation de la mise en relation d'individus entre eux. Le projet MagnetU propose ainsi de connecter des utilisateurs en fonction de leurs affinités personnelles ou professionnelles, dans un contexte de proximité réelle (dans un bar, un meeting, etc.). D'ici à imaginer une intelligence artificielle communiquant à notre place, il n'y a qu'un pas.

Des services et des interfaces convergents

Le récent succès des tablettes tactiles a remis le spectre de la disparition de l'ordinateur individuel au goût du jour, du moins tel qu'on le connaît actuellement. L'explosion du nombre de périphériques par utilisateur, et le développement des usages nomades et mobiles a, en effet, modifié la manière dont doivent être conçus les écosystèmes informatiques. La dernière itération du système d'exploitation d'Apple a dévoilé une certaine volonté de convergence entre l'interface de Lion et de son équivalent mobile. La fonctionnalité Launchpad est ainsi quasiment similaire aux écrans de navigation du couple iPhone/iPad, et ces similitudes ne sembleraient être qu'une première étape vers une fusion totale entre iOS et OSX. Outre un redesign complet de ses différents services, y compris de Youtube, Google semble vouloir également harmoniser l'ensemble de ses interfaces, y compris dans une logique de cohérence entre les applications tablet, mobile, et desktop.
 

La convergence des interfaces par Apple : à gauche, le launchpad d'OSX Lion, à droite, l'IPad.

De la même manière, Windows a largement adopté un programme de convergence entre ses différentes plateformes afin, d'une part, de proposer une expérience utilisateur cohérente, et d’autre part, de créer un écosystème de services connectés. Windows Phone, Windows 8, l'interface Xbox ainsi que le Xbox Companion, au-delà l'un aspect similaire, bénéficieront ainsi à l'avenir de fonctionnalités de communication et de partage avancées. La fusion des interfaces mobiles et desktop semble ainsi être une réalité immédiate. L’avantage est évident, notamment dans le processus de gestion des contenus, des profils ludiques, et dans la continuité des activités entre les différentes plateformes. On espère seulement ne pas assister à une uniformisation des usages et une perte de flexibilité qui en découlerait, OS X Lion souffrant déjà de critiques quant à ses limites en tant qu’outil professionnel et personnalisable.
 

Les différentes interfaces de l'écosytème Windows

Les interactions par gestuelle au premier plan

A l'image des nombreux Kinect Hacks dévoilés tout au long des derniers mois, et au vu de la démocratisation de ce genre de capteur, les interfaces gestuelles semblent peu à peu s'imposer comme une modalité d'interaction alternative de référence. Au-delà de la simple utilisation dans le cadre de jeux vidéo, des concepts donnent, en effet, vie à des scénarios d'usage du quotidien plus ou moins crédibles.


L'interface de gestion de compte bancaire via Kinect, par Etronika

Côté plus, cette interface de gestion de compte bancaire proposée par Etronika semble ainsi fluide et réactive, adaptée à un contexte d'utilisation précis et en tenant compte des limites du capteur. Dans un contexte plus professionnel, le prototype de présentation dynamique conçu par Haruki Maeda organise le contenu des slides en fonction des gestes du speaker, un moyen plutôt novateur afin de conserver l'attention de son audience. Côté moins, la borne réservation de billets Kyo, développée pour la SNCF, souffre d'une utilisation maladroite de la gestuelle comme une métaphore intangible de la souris. Le relatif manque de précision des capteurs actuels doit, en effet, être pris en compte très tôt dans la conceptualisation des gestes en eux-mêmes, le wow effect de ce type de manipulation virtuelle disparaissant vite si l'interface souffre de latences ou de réactivité.
 
Des interactions gestuelles sur mobile avec le Vega LTE

Si Microsoft a clairement pris une longueur d'avance sur ses concurrents grâce à son capteur vedette, Apple semble également vouloir sa part du gâteau. Des brevets récemment déposés par la marque à la pomme montrent ainsi clairement des systèmes de navigation par gestuelle au travers d'interfaces projetées, ce qui constituerait finalement l'évolution quasi naturelle des interfaces Kinect-like actuelles. L'intégration des interactions de ce type sur les mobiles semble également être une étape logique de leur démocratisation, à l'image des smartphones Android qui proposeront bientôt une technologie équivalente développée par EyeSight afin de "répondre à un appel, contrôler le lecteur multimédia ou encore jouer à des jeux".
 
Bien qu'il soit assez difficile d'imaginer que les interactions gestuelles puissent intégralement remplacer nos fameux claviers et autres périphériques tangibles, leur implémentation à grande échelle sera sûrement une réalité, en tant que modalité de manipulation complémentaire, et adaptée à des contextes bien précis. Une fois passé l'écueil de la fiabilité matérielle, leur crédibilité, par exemple dans le cadre d'un usage public afin de limiter le contact physique (pandémie oblige), sera amplement justifiée. On vous avait prévenus, le tactile, c'est déjà has been.

Le concept d'interface transparente s'impose peu à peu

L'année 2011 a été marquée par l'apparition de nombreux concepts mettant en scène des interfaces et tablettes transparentes. A des années-lumière de la culture du look & feel roi, ce genre de paradigme est axé sur une flexibilité et une mise en valeur du contexte ainsi que du contenu.
 
A l'instar du concept Fujitsu IRIS, dont nous parlions il y a peu, Samsung a récemment dévoilé une vidéo promotionnelle prospective présentant une interface flexible transparente basée sur la technologie AMOLED. Plutôt crédibles, les scénarios y illustrent des usages de traduction en temps réel, d'information et de communication, le tout saupoudré d'une touche de réalité augmentée. Clairement générateur de wow effect, le principe de contextualisation d'interactions, cette fois-ci en dehors de l'écran, avait d'ailleurs été repris par Boursorama Banque dans le cadre de publicités diffusées fin 2010 et à l'été 2011.
 

Le concept de tablette transparente flexible et tactile de Samsung

Si pouvoir retrouver ce genre de périphérique sous son sapin le 25 décembre prochain semble être légèrement optimiste, l'idée fait, en tous cas, son chemin pour être commercialisée à grande échelle, et ce plus vite qu'on ne pourrait le penser. Samsung a ainsi annoncé la future sortie de téléphones à écran flexible (et incassables, ça peut être utile) dès l'année prochaine. Bien que les fonctionnalités de détection de l'environnement et les capacités multitouch présentées dans la vidéo précédente représentent une problématique bien différente, tout en constituant un chantier de taille, la rapidité avec laquelle ces technologies ont progressé est plutôt de bonne augure pour une réalisation prochaine. Le futur, ce sera, sauf en cas de fin du monde, bien en 2012.